Si vous avez lu mes précédents articles sur les comptes de la commune, vous savez désormais que la diminution de l’excédent de fonctionnement est fortement liée à l’augmentation des dépenses.
Aujourd’hui, je vais vous montrer que cet excédent peut également diminuer en raison de la baisse des recettes. Car si les recettes fiscales, elles, ne cessent d’augmenter, ce n’est pas le cas de tous les postes de recettes, notamment celles de la salle multifonctions, seul investissement productif réalisé par les prédécesseurs de l’équipe municipale actuelle.
Une salle multifonctions, une fois financée, devrait au minimum s’autofinancer grâce à des recettes couvrant les charges et l’entretien général du bâtiment… à condition, bien sûr, qu’elle soit correctement gérée. Or, comme vous allez le constater, les comptes sont loin d’être bons.


Des décisions incompréhensibles aux conséquences prévisibles
Alors me direz vous , comment en est on arrivé la ? Et bien j’ai peut être trouvé la réponse dans le compte rendu du conseil municipal du 15 Décembre 2017. Dans ce CR il est indiqué ce qui suit :
« M. Philippe QUILLET indique que les locations « un jour » sont de plus en plus nombreuses, elles représentent plus de 50% des locations de l’année. Il propose d’inciter les personnes à louer sur deux jours. C’est pourquoi, pour réduire l’écart entre les deux tarifs, la location « un jour » aux Bienvillois augmentera de 20 € en 2018 et 40 € pour les extérieurs.
Cette modification réduira l’écart entre le tarif « un jour » et « deux jours » a 100.00 € pour les Bienvillois et 160.00€ pour les extérieurs à la commune.
En effet, M. Philippe QUILLET précise que les coûts fixes, comme la préparation de la salle ou la gestion administrative du dossier, sont similaires pour la commune, que ce soit dans le cadre d’une location un jour ou deux jours.
De plus, M. Philippe QUILLET précise que pour permettre plus de latitude dans la location de la salle multifonction, il est proposé de mettre en place un tarif à la demi-journée dans le cadre d’un vin d’honneur et non uniquement sur une plage horaire définis. »
Locations 1 jour : 63%
Vous commencez à me connaître : j’ai bien entendu voulu vérifier l’affirmation selon laquelle les locations d’une journée représentaient plus de 50 % des réservations. Et je peux confirmer cette affirmation… car la réalité est encore plus marquée : elles représentaient en fait 63 % des locations !
En revanche, il est regrettable de ne pas connaître précisément le montant des coûts fixes annoncés, car toute la stratégie commerciale présentée puis votée par le conseil municipal repose justement sur ces coûts. Leur absence de transparence pose donc un véritable problème.
Alors, cette stratégie commerciale a-t-elle porté ses fruits ? Eh bien non. C’est même tout l’inverse qui s’est produit, avec une baisse des recettes de 21 % dès 2018 par rapport à 2017, puis de 35 % en 2019 par rapport à 2018, année durant laquelle le conseil municipal a décidé de supprimer la location à la journée. Au total, cela représente une chute du chiffre d’affaires de 65 % par rapport à 2014. Si cette salle était une entreprise privée, elle aurait probablement mis la clé sous la porte.

Comme vous pouvez le constater, on observe une baisse du nombre de locations aussi bien chez les Bienvillois que chez les personnes extérieures à la commune. En réalité, il existait auparavant , malgré de nombreux défauts , une offre présentant un rapport qualité-prix acceptable. Celle-ci a été totalement détruite par l’augmentation des tarifs et surtout par la suppression de la location à la journée, en particulier pour les habitants extérieurs à la commune.
Le Bienvillois s’est alors dit : pourquoi payer 50 € de plus pour louer la salle pendant deux jours alors qu’il n’en a besoin qu’une seule journée ? Même constat pour les personnes extérieures, qui devaient, elles, débourser 80 € supplémentaires.
Ces utilisateurs se sont donc tournés vers les communes voisines, où ils ont trouvé des salles moins chères. Contrairement aux affirmations de la municipalité, la salle de Bienville n’est donc pas aussi bon marché qu’on veut bien nous le faire croire. Elle présente également plusieurs défauts qu’il serait pourtant utile de corriger afin d’améliorer son attractivité et d’augmenter son taux de location, j’aborderai ces problèmes dans un prochain article .
Après les années Covid de 2020 et 2021, cette salle a bénéficié, comme beaucoup d’autres équipements, d’un effet de rattrapage. Mais malgré cela, le compte n’y est toujours pas, la moyenne des revenus des 3 dernières années reste inférieure à ce qu’elle était de 2014 à 2017 et ce malgré l’augmentation des tarifs . Pire encore, en 2024, la municipalité, qui selon plusieurs retours ne comprenait pas pourquoi la salle était si peu louée, a décidé d’augmenter de 100 € le tarif de location pour les personnes extérieures, soit une hausse de 17 %. Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle augmentation de 100 € a été appliquée en 2025. Une décision difficilement compréhensible au regard des résultats constatés.
Résultat immédiat : une nouvelle baisse du chiffre d’affaires de 10 % par rapport à 2023. A ce jour je n’ai pas connaissance des résultats de 2025 , la municipalité ayant refusé de me transmettre le grand livre budgétaire 2025 mais la délégation spéciale que j’ai rencontré est en train de faire le nécessaire pour me préparer les documents demandés conformément à la loi.
Malheureusement, il ne m’est désormais plus possible d’analyser précisément les causes profondes de cette baisse, car les paiements ne sont plus suffisamment lisibles dans le grand livre budgétaire de la commune. De plus, le compte « revenus des immeubles » reçoit également les chèques correspondant aux repas des accompagnants lors du repas des anciens… ce qui ne facilite pas vraiment la compréhension des comptes.
Conclusion
La gestion d’une salle multifonctions ne peut pas se limiter à voter des tarifs en conseil municipal. Elle nécessite de véritables compétences en gestion, en analyse et en développement commercial.
Pour qu’un équipement public de ce type fonctionne correctement, plusieurs compétences sont indispensables :
- Analyse financière et budgétaire : connaître précisément les coûts fixes, les charges d’entretien, le seuil de rentabilité et l’impact réel des décisions tarifaires. On ne peut pas définir une stratégie commerciale sans maîtriser ces données essentielles.
- Compréhension des besoins des usagers : une salle communale doit répondre aux attentes réelles des habitants et des utilisateurs extérieurs. Supprimer une offre représentant 63 % des locations sans anticiper les conséquences démontre une mauvaise lecture du marché local.
- Compétences commerciales et marketing : adapter les tarifs à la demande, proposer des offres attractives, étudier la concurrence des communes voisines et fidéliser les utilisateurs sont des éléments fondamentaux pour maintenir un bon niveau de fréquentation.
- Capacité d’évaluation et d’adaptation : lorsqu’une décision entraîne une baisse importante des recettes, il faut être capable de la remettre en question rapidement et d’ajuster la stratégie avant que la situation ne se dégrade davantage.
- Vision de service public : une salle multifonctions n’est pas uniquement une ligne comptable. Elle participe aussi à la vie locale, à l’attractivité de la commune et au lien social. Une bonne gestion doit donc rechercher un équilibre entre accessibilité, fréquentation et équilibre financier.
Les chiffres montrent surtout qu’une hausse des tarifs ne garantit pas une hausse des recettes. Au contraire, lorsqu’elle est mal pensée, elle peut provoquer l’effet inverse : faire fuir les utilisateurs vers des offres plus adaptées et moins coûteuses.
Dans le prochain article consacré à ce sujet, je vous présenterai une étude de l’offre proposée par les communes voisines, ainsi que mes recommandations afin d’améliorer la situation.
N’hésitez pas à me faire vos commentaires …..




